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Music

18 septembre 2014

Akua Naru – Antithèse de l’indifférence

La différence 
Déf : En Grèce Antique, dans les pensées de Platon et Aristote, la différence avait une connotation péjorative. C’était la négation de l’identité.

Si l’on revient vaguement sur l’histoire de la musique, à partir de la période dite baroque (17ème siècle), le non-suivi des protocoles de cette époque était très mal vu (comme dans toutes autres sortes de formes d’art). De même dans les périodes suivantes (le classicisme à partir du milieu du 18ème et le romantisme datant du début du 19ème). A part quelques nouvelles techniques ou instruments employés propres à chaque période, on n’assistait pas à une évolution constante de la musique contrairement à ce qui se passe actuellement. Il est vrai qu’Internet n’existait pas et que les gars ne pouvaient pas tweeter leurs sons aussi rapidement que nous.
Il était impossible de revendiquer une différence car ça n’aurait pas été pris au sérieux.

Changeons de continent. Aux USA, au 19ème a enfin lieu l’abolition de l’esclavage. Cela a pris un certain temps à être respecté et surtout à être accepté, mais c’est un tournant décisif dans l’histoire de l’humanité et de la musique. L’intégration de la différence dans les sociétés. Grâce à tout ça, le jazz est venu au monde et s’est imposé. La musique Jazz plaisait aux blancs. Un courant de mode se développa à partir des années 40 : les amateurs de jazz, surtout les blancs donc, reprenaient les codes des noirs urbains de l’époque pour pouvoir intégrer le milieu, se différenciant, se marginalisant pour être fidèle à leurs goûts.

2014, le monde en pleine crise identitaire, chacun cherche à être différent. Non plus comme le disait Platon pour rejeter son Soi-même, mais plutôt pour l’affirmer (comme aux USA dans les années 40 donc). Etre différent fait ressortir du lot, permet à certain de se trouver. Où de leur faire croire qu’ils se sont trouvés. Lévi-Strauss (philosophe contemporain mort en 2009) écrit qu’ « il n’y a que les différences qui se ressemblent ». S’il avait raison ? Si on affirmait nos identités non plus par la différence mais par l’indifférence ?

Je m’explique.
J’avais envie de parler de hip hop féminin. Deux mots qu’il n’y a encore pas si longtemps n’allaient pas côte à côte. Sans reprendre toute l’histoire du hip-hop qui est elle aussi bien trop longue, j’aimerai juste souligner le fait que tout le monde n’a pas la chance de naître au bon endroit, et tout le monde n’a pas la chance de savoir jouer d’un instrument comme Luis Armstrong (malheureusement …). Le mouvement Hip-Hop émerge des ghettos américains, où il se passait tout un tas de trucs et où la politique intérieure de ces communautés n’était pas une affaire de dames. Donc de base, être une femme et poser son flow n’est pas monnaie courante. Mme L’Evolution étant constamment présente, on n’en voit pas mal aujourd’hui. Je ne vais pas faire un catalogue, je ne vais en citer que quelqu’unes pour pouvoir arriver au point culminant de mon raisonnement. J’annonce de suite qu’à aucun moment je critique négativement le travail de ces artistes (j’aurai pu écrire la même chose il y a 15 ans en parlant de Rah Digga, Missy Elliott et leur copine E.V.E.).

Presque tout le monde a pu écouter le groupe Karmin et la vitesse à laquelle Amy Heidemann débite ses paroles. Son talent lui a permis de se faire connaître rapidement. Son premier album (avec uniquement des covers) est sorti en 2011, et elle a sorti le 3ème, Pulse, cette année, qui tombe dans un délire ultra commercial, ce qui n’empêche pas de reconnaître un certain talent à la dame. Citons ensuite Iggy Azalea, 24 ans mannequin et rappeuse d’origine australienne. Elle fait le buzz avec Two Times (2012) et Pu$$y (2013) (https://www.youtube.com/watch?v=-cvpKQCnJu8). Elle signe dès 2012 sur le label de T.I. On est loin des covers sympathique de Karmin, ça n’a plus rien à voir. C’est bling bling, c’est censuré, y a des meufs en short qui mangent de la glace et des faux gangster avec des bandeaux « drugs ».

A peu près à la même période, Kreayshawn se fait repérer par Columbia Records grâce à son single Gucci (remixer maintes et maintes fois) (https://www.youtube.com/watch?v=6WJFjXtHcy4). On ne change pas tellement de milieu, même délire qu’Iggy d’un point de vue musical. Au niveau de son comportement, il connait quelques divagations, la mettant un peu à l’écart de la scène rap. Elle refait le buzz grâce à « Don’t smoke my blunt bitch » (son écrit en 10 min et clip bouclé en 1h. Ca fait pas beaucoup de travail quand on y pense…).

La dernière de la liste sera Miss Eaves, (https://soundcloud.com/iameaves) découverte sur scène à Dour par un bel après-midi bien trop fatigant. J’avais fortement apprécié le spectacle de cette jeune New-Yorkaise, sur sa façon de chanter et sa présence sur scène. Les instrus sont dans la tendance, électro quoi, maintenant quasiment plus que trap. C’est pas mauvais, non non, mais c’est un peu répétitif du coup.

Bref, tout ça pour en conclure qu’elles font toutes plus ou moins la même chose, et que je n’arrivai pas à en sortir une du lot.

Ah si, j’ai trouvé Akua Naru.

https://www.youtube.com/watch?v=fZoMzWraS_c

Elle aussi elle a ses copines dans ses clips, mais ce sont des filles détentes quoi.
Et il y a du travail au moins. Une vraie instru, retour au bon vieux sax et au clavier funk, des vraies paroles ; pas de weed, pas de money, elle se demande juste « How to make love to your existence ». Puis un phrasé personnel, une voix toute douce et hyper sensuelle, même quand elle s’agace un peu. Et elle-même, elle se respecte quoi.

Cette jolie dame est signée sous le label Jakarta Records (Iamnobody, Mura Masa, Ta-Ku), chez qui elle sort son parfait album ‘The Journey Aflame’ en 2011. 16 chansons, chacune sur des tons différents, elle s’en fou de toute façon, elle fait comme il lui plait, comme elle sait faire.

Certes, il n’y a pas autant de vues sur ses clips que les autres, mais c’est mille fois plus approfondi que toutes les jeunes artistes citées précédemment à mon goût.
C’est à ce moment-là que la phrase de ce bon Lévi-Strauss prend tout son sens. Ça c’est différent. Ça ça sort du lot. Pas besoin d’être autant dans l’extrême pour avoir son identité, au contraire. Etre et paraître sont deux choses à bien nuancer.



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Johanna
"Il y a deux moyens d'oublier les tracas de la vie : la musique et les chats" (Albert Schweitzer), alors ♪ Musique Maestro ♪.




 
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