Album : Exit Strategy
Label : Ad Noiseam
Date de Sortie : Avril 2012
Disponible sur : Ad Noiseam
En ce dimanche timidement ensoleillé nous allons parler du très barbu Larvae, petit gars de chez Ad Noiseam, qui nous concocte une galette plus qu’appréciable, mélange détonnant d’électro, idm, en passant par l’instrumental et le downtempo qui en fera planer plus d’un. Exit Strategy est donc le dernier né du répertoire de Mathew Jeanes. Album comportant 10 pistes allant de 4 à 5 minutes, et débouchant sur un disque d’environ 45 minutes le tout composé et enregistré à Austin au Texas d’avril à octobre 2011.
Outre la composition entièrement réalisée par ses soins, l’artwork est lui aussi le fruit de son travail, le gars étant maître de son projet de bout en bout.
Les premières notes de l’album sont absolument planantes, la guitare est en effet omniprésente, et donne d’ailleurs une impression d’expérimentation. Comme si vous étiez assis sur un fauteuil, l’air nonchalant, titillant le cordage avec le plus grand soin, laissant libre court à votre imagination, une cigarette au bec, une canette de bière à peine entamée, tout ceci avec une désinvolture totale quant à la trajectoire que vont prendre vos cendres…autrement dit l’archétype de l’artiste en proie à ses pensées. C’est de cette manière que l’on pénètre dans cet album, avec « Locked from The Inside », on est coupé du monde, ce petit rythme de batterie qui vient titiller la mélodie déjà existante et qui finira par s’emballer vers la fin du morceau. Parfait pour une petite sieste.
Peinture musicale, et peut être lettre d’amour instrumentale, « Her Hair », est la piste la plus douce de l’album, on y retrouve la guitare, preuve d’une certaine continuité dans la composition. Le rythme donné par la batterie sonne un poil plus électronique, mais n’enlève rien au charme. Il y a dans ce morceau, une étonnante profondeur, chaque note étant presque l’écho de la précédente. C’est d’ailleurs, le grand point commun aux pistes de l’album et certainement ce qui le rend jouissif. Cet écho qui nous rappelle que l’on doit, à l’écoute de cet opus, partir loin et ne plus penser à grand-chose.
Après cela, on comprend peu à peu que l’album est en fait partagé en plusieurs parties. On commence doucement, mettre dans le bain les plus craintifs, les mijoter avec talent, pour qu’au bout du compte on arrive parfaitement à manipuler l’auditeur. « Vows & Promises » est le morceau qui va briser cette douceur. C’est le crescendo vers des sonorités plus électriques, sans pour autant casser cette ligne mélodique présente depuis le commencement. Mais bordel, c’est quand même sacrément bien foutu, car on sait qu’à la fin du morceau on entamera la deuxième partie de l’album, cette partie qui vous tient par les tripes, avec des sons qui vous foutent littéralement le cul dans un étau.
Quand soudainement arrive LA bombe de l’album, le coup dans les bijoux de famille, le morceau qui vous fait comprendre que oui, ce type est doué. « Remarkable » sonne comme un brin de prétention, l’artiste ayant surement placé son égo dans cette piste. Une voix vous vient par le côté et vous murmure « Tiens !!! T’as vu ce que je peux faire ??? ». Et oui, là j’ai compris, compris que je venais de prendre ma claque de la journée, et que cette claque passerait plus d’une fois dans mes oreilles. Bref, vous l’aurez deviné, c’est mon coup de cœur de l’album. Pourquoi ? Tout simplement, parce que cette piste c’est l’ovni d’un album jusque-là plaisant de pureté. Mais pas seulement, c’est un ovni à part entière tant par les sonorités dignes d’un film de science-fiction que par sa structure. Une course effrénée sur une route sans fin, guidée par un kick-snare de pure qualité, à la limite de la saturation … un tantinet shoegaze.
« The switch » par exemple, est un morceau effrayant de réalisme. On est en pleine quiétude, la tempête « Remarkable » passée, on se retrouve captivé, naviguant sur une mer d’huile presque partant pour sortir la canne et se laisser tenter par les bas fonds et qui sait avec de la chance on arrivera à appâter quelques Girelles. Cependant, et avec fatalisme, « The Switch » c’est aussi cette vague de 45 mètres qui arrive par l’arrière pour venir s’écraser avec une puissance inégalable. La claque du siècle, la quenelle de l’année.
Du reste le morceau suivant « The Life You Waste May Be Your Own » donne un sens un peu ironique à la composition de l’album, quand on sait qu’on vient de se saigner les tympans quelques secondes auparavant.
« N-1« , septième piste de l’album est une belle approche mélangeant comme il se doit hip hop et jungle. Autrement dit, on est bien loin des premiers morceaux de la galette et ces douces notes entendues naguères.
Pour finir, « Exit Strategy » piste éponyme, est à elle seule représentative du caractère progressif de l’album. Au-delà du point de vue musical, c’est presque psychologique. Vous êtes allongés sur un sublime sofa en cuir, et vous vous essayez à la psychanalyse de comptoir, cherchant une réponse à une problématique présente depuis le début…et maintenant qu’est-ce que je fais ? Je me retrouve troublé et assez frustré, car j’avais déjà choisi LA piste, celle qui me faisait palpiter et voilà qu’au final y’en aurait-il deux ? Tout le monde peut et doit se tromper. Pour autant je ressens une attitude polygame. Aimer deux morceaux dans cet album c’est un peu comme aimer deux femmes. Car « Exit Strategy« , à l’image de ce disque, c’est comme son nom l’indique une stratégie, un subterfuge pour s’affranchir des codes, créer en créant. Assembler les différences en se jouant des tonalités, mélanger shoegaze, downtempo tout en effleurant le rock et ce qui s’en rapproche.
Néanmoins, là ou bon nombre s’essayent à la recherche du Graal des années durant sans la moindre réussite, Larvae nous démontre qu’au final tout est une question de stratégie.
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Texte : Donovan B.













