Album : Modern Driveway EP
Label : NOTOWN
Date de sortie : June 25, 2012
Disponible sur : iTunes / Beatport / Juno
Français
Luke Abbott est un jeune producteur anglais originaire de Norfolk, une région perdue dans l’Est du pays où, à priori, il ne se passe pas grand chose. Passionné de musique depuis son plus jeune âge, il ne tarde donc pas à devenir un geek des synthés modulaires et autres bidouillages électroniques et à se monter un studio perso grouillant de ces drôles de bêtes. Ayant la chance d’avoir pu le voir en live dans le cadre des Siestes Electroniques à Toulouse – un grand moment malheureusement écourté par un sub qui a rendu l’âme –, je ne pus m’empêcher d’être intrigué par son étrange et unique contrôleur fait maison garni uniquement de potards.
L’homme le manie avec une dextérité folle et passe son temps à tourner chacun de ces petits bouts de plastique magiques de façon très précise, naviguant de l’un à l’autre extrêmement rapidement, semant la confusion dans mon esprit déjà envoûté par la musique et rendant impossible la démystification que j’aime tant opérer quand j’ai l’occasion d’observer un live de près. C’est ainsi que je suis tombé sur un article très intéressant de Resident Advisor dans lequel il présente en détails son studio et explique sa manière de travailler (lien en anglais). Je le recommande chaudement à tous les producteurs en herbe (ou pas) qui aiment parler technique et mettre les mains (ou les yeux du moins) dans le cambouis. Inutile de répéter tout ce qui y est dit.
L’essentiel étant que l’homme travaille sur du matos en grande partie analogique, avec beaucoup d’éléments aux consonances vintage, ce qui confère à son son une couleur et une saveur toute particulière et personnelle. Les différents éléments sont parfois distordus, compressés, rien n’est linéaire, une grande partie des nappes de synthés ne sont pas séquencées traditionnellement et synchronisées au tempo général de l’ordinateur. Heureusement, Luke n’est pas un réfractaire ou un nazi de l’analogique, et il utilise également tous les outils numériques modernes à sa disposition pour peaufiner son travail et ne pas sonner comme de vielles productions des 90’s aujourd’hui dépassées par le progrès. Le résultat est un son aux accents définitivement analogiques, avec toujours un peu de « noise » en arrière plan, un développement organique de chaque sonorité dont le timbre ne reste jamais constant. Le son progresse tel un être vivant, et les arrangements sont définitivement préservés du côté mécanique que l’on retrouve sur beaucoup de productions électroniques aujourd’hui. Plus simplement, on sent que le mec vit réellement sa musique ce qui lui donne ainsi un côté profondément humain et chaleureux, avec ses imperfections et approximations, et surtout beaucoup de feeling.
Signé depuis quelques années sur Border Community, le label de James Holden, l’anglais a récemment fait une excursion chez Gold Panda pour nous offrir un sublime EP de 5 titres distribué par Notown, Modern Driveway. Le titre éponyme est un pur bijou de techno éthérée et aérienne, avec une mélodie sensuelle à faire défriser les poils d’un mouton ; pour l’avoir écouté seul au casque en conduisant sur l’autoroute lors d’une après-midi ensoleillée, je peux dire que l’intituler ainsi n’était pas un mauvais choix, la chair de poule n’ayant pas quitté mes avants bras, ils s’en souviennent. « Hand Drawn Maps » et « Ovals » nous mènent dans des envolées oniriques qui oscillent entre dark disco lo-fi et techno minimaliste. On réenchaine sur « Carrage », un morceau de techno envoûtante, qui comme « Modern Driveway » opère tout en retenue et en suggestion, suivant une progression accidentée et délicieusement vivante. L’EP se termine sur « Meeting Hill », qui nous berce avec de jolis samples de guitare et une rythmique lascive qui nous invite à la contemplation.
Un EP qui ne ravira donc pas forcément les amateurs de « boum boum » linéaire, mais remplira d’émotions et de bonnes vibes le cœur et les oreilles de tout amateur décidé à l’écouter dans de bonnes conditions. Il nous révèle indubitablement le grand talent du jeune artiste anglais.
English
Luke Abbott is a young english producer coming from Norfolk, a lost area in the eastern side of the country where basically nothing happens. Ever since he’s a little boy this guy is fond of music. That’s why he quickly became a kind of modular synthesizers nerd and learned how to fiddle with electronic stuff, like building up his personal recording studio. I’ve been lucky enough to see him in live during the french festival Les Siestes Electroniques in Toulouse during which I was chocked to see his homemade controller only made of knobs.
The man knows how to use it, it’s ridiculous ! He turns and manipulates these magic little pieces of plastic skillfully. His moves are so accurate and so fast that when I saw him he confused my mind that was already moved and bewitched by the music. At that moment it was impossible for me to analyse and demystify the artist and his music like I usually do during shows. This is how I fell on a very interesting article in Resident Advisor in which Abbott presents his studio and explain the way he works (Here). I highly recommend this article to all of you especially you (learning or not) producers who love to talk about technic and are ready to get dirty. Needless to tell you again what you can read in it. Indeed, the most important is that this man mainly uses analog machines with loads of vintage elements which make his sound more personal adding a distinctive color and flavor. The various elements can be contorted and compressed. Nothing is linear and most of synthesizer’s ambiance track are not sequenced in a traditional way. They are usually synchronised with the whole tempo of the computer. Fortunately, Luke is not a nazi of the analog and also uses modern digital tools to put the finishing touches to his work but also to avoid his working sounding like the old-fashioned production of the 90′s. In the end his sound can be defined as analogical with always a bit of “noise” in the background. Every sounds are developed and their tones are never continuous, they increase like a human being. The arrangements are definitely preserved from the whole mechanical aspect and the déjà vu that we can clearly find in electronic production nowadays. We really feel like this guy genuinely leaves is music making his music -including all its imperfections and rough guess- more friendly, warm and emotional.
It’s been a couple of years that Abbott belongs to James Holden’s label Border Community. However, he has recently worked with Gold Panda in order to release a mind-blowing 5 tracks EP delivered by Notown and Modern Driveway. The eponymous title is a techno gem. Its sensual melody could easily uncurl a sheep’s hair. I swear, I’m telling you: I was driving on the freeway by a sunny day listening to this EP and it gave me goosebumps. “Hand Drawn Maps” and “Ovals” bring us into a dreamlike atmosphere that fluctuates between dark disco lo-fi and minimalist techno. Then it comes to “Carrage”, a bewitching techno track like “Modern Driveway”: the whole thing follows living increase. Finally, the EP ends on “Meeting Hill” that will rock you with pretty guitar samples and its lascivious rhythm.
Obviously this EP won’t please every lover of linear techno that goes like “boom boom”. Nevertheless, every person who’s ready and open to listen music will be touched and moved by its good vibes. This, indubitably reveals the huge talent of this young english artist.
Translated by Neb Raska
Luke Abbott – Modern Driveway EP
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