Chaque année se tient dans le magnifique domaine du Château de Candé (Monts (37) ) le festival Terres du Son avec un programme souvent éclectique et populaire pour un succès souvent au rendez-vous. J’ai été pour vous à cette édition 2012 les Vendredi et Dimanche soir pour prendre la température.
- Vendredi soir :
Arrivé sous la pluie, les pieds dans la gadoue, je peine à rejoindre le Château de Candé, magnifique lieu où se déroule depuis huit ans le festival Terres du Son. Vers 19h, je me mets au sec sous le Chapit’O pour écouter le hip-hop de Dees Chan. Scratch massif, set croisant le fer entre funk et rap, flow et lyrics bien cadrés et bien pensés, on s’échauffe et se réchauffe parfaitement en ce début de festival.

A peine le temps de profiter pleinement de l’ambiance old-school de ce tourangeaux que je me dirige tranquillement vers la grande scène où commence le concert de la première grosse tête d’affiche de cette édition 2012 : Catherine Ringer. On peut ne pas aimer ce qu’elle fait mais il faut reconnaître qu’elle porte encore fièrement et avec succès l’étendard Rita Mitsouko qui a disparu suite au décès de son compagnon Fred Chichin en 2007. Des chansons de son dernier disque en solo Ring N’Roll aux classiques des Rita (Les Histoires d’A, Marcia Baila…), la belle de 54 ans donne toute son énergie pour un public survolté malgré la pluie. Pluie qui d’ailleurs s’arrête au milieu du concert de Ringer, comme si son sourire solaire avait inspiré le temps.
Le ciel pleure… Et moi aussi. Cela fait une demi-heure qu’Emir Kusturica est entré sur scène accompagné de son No Smoking Orchestra et que je m’ennuie ferme. Certes, les musiciens sont très talentueux, Kusturica a une présence scénique incroyable et l’interaction avec le public est incroyable mais je ne peux m’empêcher face à cette musique ambiance bal musette de me dire qu’il gagnerait plus à faire des mariages que des festivals. Finalement, je préfère l’Emir Kusturica cinéaste et le No Smoking Orchestra faiseur de bandes originales.
Le Scratch Bandits Crew sévit quant à lui en même temps sous le Chapit’O. Musique rêveuse imprégnée de soul, de jazz et de hip-hop, le concert offre aux personnes présentes un live sensible entre trip-hop profond et scratchs maitrisés. Une belle première claque que nous offre ce trio d’orfèvres.

Il est 22h30, le temps balbutie entre pluie fine et ciel dégagé et JoeyStarr est en retard. Il est même carrément bloqué sur l’autoroute et c’est C2C, normalement programmé en dernier à 00h30, qui prend sa place. On peut dire que suite à la performance que nous ont offerte les quatre Nantais, on est impatient d’écouter Tetra, le premier album de ce collectif de quatre DJs qui sort en Septembre. Derrière leurs platines, les champions du monde de DMC nous livrent un live à la fois visuel et musical de qualité. Le temps de jouer quelques classiques (Down the Road, Arcades…), ils jouent des inédits biens sentis qui figureront sûrement sur leur premier long format. Hip-hop, funk, jazz, dubstep… Toutes leurs influences y passent et le public sort ravis de cette prestation, consolé de ne pas avoir vu JoeyStarr. Point d’orgue de concert : l’hommage appuyé à Adam Yauch aka MCA, membre des Beastie, décédé le 4 Mai dernier, avec l’interprétation d’Intergalactic.
Quoi de mieux pour continuer la soirée que les lillois de Skip the Use emmenés par un Mat Bastard survolté ? Malgré la boue qui se fait de plus en plus présente, l’électro rock de ces derniers attise encore plus les spectateurs qui s’adonnent à des pogos gadoueux et arrivent même à les faire asseoir par terre à la fin du spectacle. Epoustouflant.

Il est quasiment 00h50 et JoeyStarr ne va pas tarder à (enfin) faire son entrée sur scène. L’artiste le plus attendu de ce vendredi arrive sur scène comme on aurait pu l’attendre : sans chichi, en sautant partout, énervé comme jamais. Malheureusement, son ardeur va vite être calmée à cause d’une panne technique à peine quinze minutes après le début du concert. Essayant tant bien que mal de combler le « silence » (car les spectateurs commencent à s’énerver), JoeyStarr et son acolyte semblent épuisés de tous ces problèmes. Ils arrivent à repartir tout de même mais sur un rythme moins soutenu, carrément ennuyant. Moi qui attendait beaucoup de ce concert je suis fortement déçu et je pars même avant la fin, me disant que le rap de papy n’est pas fait pour moi et que je laisse Didier Morville se faire glorifier dans des films trop « polissés ».
Déçu de la prestation de JoeySuperStarr, je me dirige vers le Chapit’O pour l’ultime concert de ce vendredi : The Japanese Popstars. Faut-il vraiment que j’en parle ? De l’électro cracra, de la dance music pour supermarché, un « live » en carton avec deux DJs dont on sent qu’ils aimeraient être ailleurs… La fatigue commence à se faire sentir, la déception aussi, je préfère rentrer.
- Dimanche soir :

Après une arrivée laborieuse dans l’espace presse, je rejoins quelques amis, également accrédités, qui s’apprêtent à interviewer RV Salters, leader de General Elektriks. Le temps que l’artiste arrive, on profite du son de Carmen Maria Vega. Très guinguette, sa musique ne me touche pas plus que ça. Ne voyant pas la performance scénique, je me renseigne par la suite auprès de quelques festivaliers. Au final, des avis très partagés. Certains disent que la performance n’était pas folichonne, d’autres affirment que c’est le meilleur concert du festival.

L’interview de RV Salters étant finie, je me précipite pour voir la fin du concert de Didier Wampas. Très communicatif, le chanteur charismatique des Wampas nous offre une performance scénique époustouflante accompagné des rennais Bikini Machine. Rock 60’s et ambiance déjantée (il finit par descendre dans la foule à embrasser tout le monde), Didier Wampas donne un coup d’accélération à la soirée.

Forcément ultra attendu de part leur réputation de showmen, le groupe Dionysos fait son apparition. Personnellement déçu par leur dernier album Bird’N’Roll que je trouve moins inspiré que les précédents, j’ai peur de me retrouver devant un Matthias Malzieu aseptisé. Il n’en est rien. Les bêtes de scène sont au rendez-vous et donnent toute leur énergie à un public bouillant. Entre titres de leur dernier disque (Cloudman) et tubes de leur répertoire (Song for A Jedi), Dionysos nous montre que le succès d’une carrière est dû à une envie sincère de faire de la musique. Preuve en est, comme pour Wampas, la communication avec le public. Matthias Malzieu se permettra même un petit slam dans la foule. Explosif.

Il est temps pour RV Salters et son groupe General Elektriks de nous éblouir. Eblouir car le concert des interprètes de Raid the Radio est tout bonnement incroyable. Un son groovy, entre électronique et analogique, on prend son pied aussi bien en écoutant les incroyables mélodiques rythmiques qu’en regardant l’intégralité du groupe appréciant de jouer dans ce très beau lieu qu’est le parc du Château de Monts. Entre RV Salters sautant partout, le guitariste Eric Starczan prenant la pose et le cultissime bassiste Jessie Chaton (du groupe Fancy) au déhanché légendaire, le public en redemande. Moi aussi. Malheureusement, festival oblige, il faut enchaîner rapidement.

Comment présenter ceux qui viennent de rentrer sur scène ? Un groupe légendaire du funk, du moins, un de ses anciens membres. En effet, Al McKay a décidé il y a quelques années de former avec, notamment, le trompettiste Mike Harris, le groupe Al Mckay All Stars et de monter le concert The Earth, Wind & Fire Experience. Ce n’est donc pas le groupe, toujours existant d’ailleurs, dont on aura le droit mais un ersatz de qualité que j’ai déjà pu voir il y a deux ans. Autant le dire tout de suite : la prestation m’a clairement déplu cette fois-ci. Le concert est teinté de beaucoup trop de temps morts et passages lents qui ralentissent le rythme funky des dix premières minutes. Et il y a un manque évident de communication avec le public. Sorte de machine bien huilée, la prestation est sans âme. Paradoxal au vu de la musique funk. Heureusement, le groupe se rattrape (forcément) quand ils jouent les Oldies Classics comme Boogie Wonderland, September et Let’s Groove. Sympa mais un peu frustrant. Dommage.
La fatigue commence à se sentir mais je veux tout de même voir le duo électro jazz de Tours, Funktrauma, sous le Chapit’O. J’ai bien fait car la prestation est à la hauteur de sa réputation : énergique, hyperactive et sans frontière concernant la musique que balance le duo Tourangeaux. Hip-hop, jazz, funk… Quand un « petit » groupe offre beaucoup plus de bonheur qu’une reformation qui se dit « légendaire », ça fait plaisir. Extrêmement de plaisir à terminer sur une note aussi réjouissante. Il est temps pour moi de regagner mon lit et de commencer à vous raconter tout ça.
- Points positifs : le concert de General Elektriks et le village autour du château de Monts
- Points négatifs : la programmation moins audacieuse, la pluie et la gadoue.













