The Chemistry
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Interview

14 octobre 2012

The Truth Serum #5 – Ill Saint M

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Written by: Daisy
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Ill-saint-M / Marc Thirouin

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The Truth Serum #1 / #2 / #3 / #4

Je ne vais pas vous mentir je ne suis pas forcément une grand fan de la ville de Marseille, il y a pourtant une chose qui fait que je « l’aime »: LA MUSIQUE, après un arrêt la semaine dernière pour mettre à nu le duo de Stéreoheroes, il était hors de question que je parte sans une autre interview, et c’est le mystère de Ill Saint M que j’ai décidé de briser. Pour les personnes qui suivent The Chemistry comme un bon chrétien qui idolâtre sa bible, j’ai déjà eu le plaisir de le recevoir dans une interview Kamoulox (disponible ici)

Intelligent, posé et calme, la maturité et l’expérience de Ill Saint M se font ressentir et dirigent sa carrière et ses choix. Il sait où il va et ce qu’il veut, c’est peut-être un des points fort de cet artiste trentenaire. Véritable touche à tout et sans limite il a commencé le solfège très jeune mais c’est seulement il y a 3 ans qu’il décide de se lancer véritablement.

Toujours pas convaincu ? recommence l’hypnose et rend toi directement en bas de l’article pour découvrir sa musique, et si cela n’a pas fonctionné je vous autorise a me dénoncé pour publicité mensongère.

Interview

- Le froid commence à arriver et l’hiver aussi, comment tu te prépares psychologiquement à te geler le bout… du crâne ? Une astuce pour ne pas être malade ?

Je suis savoyard. Chez nous, les femmes accouchent dans la neige, sur les pentes des glaciers. Je suis hermétique au froid. Tu rajoutes à ça trois ans passé en Norvège et tu te diras sans doute que c’est par pur masochisme que je vis actuellement à Marseille.

- Dans ta description on lit que tu as commencé avec le saxophone, que tu aimes la funk, mais je ne trouve pas tellement cette petite touche dans tes productions… Pourquoi ?

En fait j’ai commencé par trois ans de violon que j’ai troqué, vers mes 10ans, contre un sax alto, pour le plus grand bonheur de mon entourage.

C’est vrai j’aime beaucoup le funk presque autant que je déteste le disco. Mais je kiff aussi plein de styles différents de zik : punk, métal, classique, expérimental, jazz, R&B etc… et puis vers le début des 90s, la musique électronique, le hip-hop et tout ce qui a suivi.

Je ne sais pas vraiment ce qui caractérise mon style, un peu tout ça j’imagine. Ce n’est pas un truc auquel je pense quand je produis. De mon point de vue, la musique nait avant tout de la fusion et la juxtaposition d’éléments de différents styles. J’essaye souvent d’aborder les choses un peu différemment, de les détourner, de proposer d’autres angles d’attaque. Par exemple, sur « A Pig’s Orphan » avec Justin Pearson, j’avais dans les oreilles la track qu’il avait faite avec les Bloody Beetroots et je me suis dit qu’il était plus intéressant de lui faire brailler ses lyrics sur un truc plus pumpy et groovy, plutôt que de faire le bourrin. Perso je trouve ça plus vicieux d’entendre son « PIG! BEG ME PIIIG! » sur un truc happy que sur du gros bois saturé. C’est d’ailleurs déjà ce que j’avais essayé de faire sur mon premier remix pour Dim Mak mais peut-être de façon moins marquée. Après, c’est vrai que j’aime bien aussi faire des sons plus emo et planants, comme par exemple sur « Bitches From Ostblock » où j’avais envie d’un truc un peu romantique avec un refrain au vocoder : « Bitches.. bitches… bitches.. we love you! ». C’est bien le genre de conneries qui m’amuse.

J’aime bien les mélanges sucré/salé, claquer un gros crash sur les temps à la manière d’un batteur de rock, sur d’un beat bien groovy ou des samples de batucada par exemple, ou insérer des espèces de shoots de section cuivre sur des tracks un peu violentes comme à la fin de mon remix de « Rapture ».

Finalement c’est sans doute ça mon style, essayer de marier des trucs qui n’iraient pas forcément ensemble pour produire un quelque chose d’autre, un peu comme l’effet Kuletchov au ciné.

- D’ailleurs tu as commencé à faire parler de toi à un âge où beaucoup de jeunes producteurs actuels ne feront déjà plus parler d’eux, peux-tu nous raconter ce que tu faisais avant et si tu penses que justement ton expérience « de la vie » est une vision plus mature de l’industrie de la musique et un avantage pour toi ou au contraire un regret de ne pas t’être lancé avant ?

Comme je te disais, j’ai toujours fait de la musique mais sans vraiment penser à en faire ma vie. C’était plus une façon pour moi de retrouver les potes, de m’éclater sur différents projets. Ma grande passion, depuis tout petit, c’est le cinéma, réaliser des films. A 16 ans je tournais mon premier court-métrage. Aujourd’hui ça peut paraitre banal mais à l’époque (rha j’aime pas dire ca !) c’était un sacré bordel. Je me rappelle, on filmait avec une vieille 16mm à manivelle sur de la péloche périmée. On bricolait des travellings et on allait monter la nuit en cachette à la Femis sur des vieilles tables en fonte « Atlas » avec des anciens élèves qui avaient 15 ans de plus que nous et qui nous regardaient avec des grands yeux. La vidéo c’était encore de la merde, il fallait tourner sur pellicule, donc trouver des financements, c’était un gros boulot en pré-prod et post-prod. Et puis après mes études de ciné, je suis allé sur Paris pour bosser sur des tournages comme assistant. J’ai bossé pendant plusieurs années là-dedans, pour finalement me rendre compte que j’en avais rien à foutre d’aller chercher Isabelle Huppert à son hôtel ou d’aller chercher des bières pour Emmanuelle Beart. Ce que j’aimais c’était faire des films, je n’avais aucune affinité avec le milieu du cinéma en lui-même. J’ai tourné un dernier film à Buenos Aires que je n’ai jamais fini de monter pour diverses raisons et je me suis barré bosser à Bruxelles comme technicien son. J’ai complètement laissé tomber le ciné. J’ai appris sur le tas et de fil en aiguille j’ai fini à Oslo à faire l’ingé son sur des gros trucs comme la cérémonie du Prix Nobel de la Paix par exemple.

En revanche je ressentais toujours le besoin de créer, alors je me suis mis à bidouiller des sons sur mon laptop. J’ai fait écouter à mon entourage, notamment à mes potes de SH et MP qui commençaient à percer. J’ai fait chanter ma copine de l’époque sur un de mes morceaux et la track est passée directement de mon ordi aux ondes de radios Norvégiennes alors je me suis dit « wow, c’est super efficace comme processus créatif ! » et j’ai continué. Autant pour le ciné, quand j’écrivais ou quand je réalisais, j’avais l’impression d’avoir tout le poids de l’histoire du cinéma qui me pesait sur les épaules: « Ingmar Bergman is watching you! », autant là tout était simple, je ne me prenais pas la tête, j’avais un rapport super direct à la création, un truc hyper simple. Je savais que j’avais zéro technique en MAO alors je m’appuyais sur ma connaissance de la musique en général, l’idée c’était avant tout de faire transpirer les gens en club donc rien de bien sérieux. Forcément, en trois ans, mon rapport à la musique a pas mal changé, j’essaye d’être plus créatif et plus singulier, de sonner plus gros. Le monde de l’Electro a aussi pas mal changé. C’est d’ailleurs assez fou de voir comment l’industrie de la musique s’est emparée du bébé. C’est sûr que c’est plus simple de faire signer un gars, de lui coller deux platines, un mur de LEDs et de remplir les stades avec, que d’avoir un band avec tout le bordel que ça entraine. Perso, je ne trouve pas ça forcement négatif : Electro marketing va gonfler pas mal de gens, moi le premier, du coup on va avoir envie de réagir contre ça. On va aller chercher de l’inspiration dans nos premiers amours, dans la genèse de la musique électronique. C’est d’ailleurs marrant comme les plus jeunes se mettent à redécouvrir la techno, les sons acids, la house de Chicago (avec ces espèces de vocaux putassiers qui me collaient déjà la gerbe à l’époque). Y a vraiment des bons trucs qui en sortent. Après il y a aussi le danger de penser que parce que c’est « vintage » c’est forcément cool. Ce n’est pas parce que tu vas avoir une bass de 303 et des drums de 909 que c’est forcement un gage de qualité. Par exemple, je trouve que déjà actuellement, dans ce que l’on appelle la « nu-techno », il y a déjà beaucoup de clonage, au même titre que dans l’électro-house et le dubstep. Finalement en essayant de se démarquer on a tendance à produire de nouveaux clichés (je m’inclus dans le « on »).

- Tu es quand même une personne assez discrète, j’ai pas trouvé énormément d’interviews de toi sur le net, pas plus d’informations non plus, comment l’expliques-tu ? Un souci de sociabilité ? Ou juste un manque de temps et d’envie de courir après les blogs pour présenter ton taff ?

Un peu tout ça à la fois. Je ne suis pas forcement quelqu’un d’hyper avenant au premier abord. Il me faut du temps pour apprécier les gens (et inversement), je trouve ça toujours un peu fake les gens super sociables, ou les mecs qui surjouent leur personnage quand ils sont sur scène. Je sais que ça fait partie du jeu, mais ce n’est pas vraiment mon truc, ça viendra peut-être plus tard, j’essaye avant tout d’être honnête et de donner le meilleur de moi-même par rapport à ma musique et envers ceux qui l’écoutent.

Sinon, à propos des interviews et des blogs, il faut dire que « ill Saint M » est un projet qui reste assez underground, même si je signe régulièrement des tracks sur de bons labels comme Freakz Me Out, Dim Mak, Coco Machete, Tuff’em Up! etc. et puis j’avoue que les interviews du genre « d’où vient ton nom » ça me casse vite les couilles.

Et puis je bosse tout seul alors j’essaye de partager mon temps entre la promo et tout ce qui va avec et la musique en elle-même. C’est vrai que je me dis de plus en plus que j’aimerais travailler en binôme afin d’être vraiment focus sur la musique. C’est la prochaine étape, trouver un bon manager ! Surtout quand tu es instrumentiste à la base c’est assez étrange de travailler seul, c’est aussi pourquoi j’aime bien faire des collabs comme avec mon pote zôl et Justin. J’ai pas mal de side-projects en construction d’ailleurs.

- Finalement, du fait que tu restes assez discret sur toi sur internet on en sait peu sur toi. De quoi se compose ta vie au quotidien, des passions, loisirs, dérives fétichistes ou penchants pour l’apiculture ?

Je mate de l’hard amat’ et je fume des joints ! Non je déconne, je ne fume pas… Sinon c’est pas vraiment un hobby, mais j’aime bien taffer de temps en temps comme ingé son pour des boites d’évent. Ca me permet de garder les pieds sur terre, de rester connecté avec le monde qui m’entoure, avoir des horaires, des responsabilités etc. Ca vide la tête, un peu comme une bonne pipe de crack.

- On a tous un rêve ou au moins une envie secrète, peu importe notre métier, mais un but ultime même si on sait que cela n’arrivera jamais, c’est quoi le tien ? Vend-nous du rêve !

J’aimerais bien être à la tête d’un état indépendant, un genre de petit dictateur, mais en gentil, où je pourrais interdire et virer tout ce qui me fait chier dans notre société, du genre les religions, les banquiers, les politiques etc… Un genre de dictature interdite aux cons. Ouais je sais ça fait flipper…

- La trentaine, musicien et mystérieux ça doit forcement plaire aux femmes. Comment ça se vit au quotidien ?

C’est une façon de me dire que je te fais fantasmer ? Vas-y, shoot, baby! Non par contre, les nanas qui fantasment sur les zikos, ça se vit souvent mal au quotidien…

- Si tu devais retranscrire une journée de ta vie en musique, on y écouterait quoi ?

Wow c’est un peu difficile, je vais essayer de te mettre un panaché avec un peu de tout en vrac,

Living Colour Time’s Up
Michel Camilo – Caribe
Melt banana – surfin usa
Dizzy Gillespie and Charlie Parker – A night in Tunisia
Extrawelt – fernweh
Jedi Mind Tricks – Blood In Blood Out
Sharon Jones & The Dap-Kings « 100 Days, 100 Nights »
Dopplereffekt Plastiphilia
Moderat – A new error
The Rugged Man – Uncommon Valor
Mondkopf – Day Of Anger
Suicidal Tendencies – You Can’t Bring Me Down
serge gainsbourg – meurtre à l’extincteur
serge gainsbourg – marilou sous la neige
E.S.G. – Bam Bam Jam
RETOX « Thirty Cents Shy of a Quarter »
A Silver Mt. Zion – « Lonely as the sound of lying on the ground of an airplane going down. »
Haendel – Sarabande
Erkki-Sven Tüür – Architectonics III
Tomahawk – God Hates a Coward
7L & Esoteric – A O S O
Jan Driver – Dozer
Nine Inch Nails I want to fuck you like an animal
Vitalic – You Prefer Cocaine
Dead Kennedys-Too Drunk To Fuck
Arvo Pärt – Alina

Question bonus :

Seb de Stereoheroes: mais finalement, pourquoi l’Olympique Lyonnais ?

Hahaha ! Parce que c’est les meilleurs !!! Non plus sérieusement, j’ai commencé à mater les matchs de l’OL quand j’étais étudiant à Lyon, c’était sympa d’aller boire des coups dans le bar du quartier. Ca me rappelle aussi mon grand-père avec qui je matais les matchs quand j’étais môme, j’adorais l’écouter parler à la télé. Et après c’est devenu un truc d’expat’. Je ne suis pourtant pas du tout attaché à mon pays, mais c’était une façon de rester connecté au bled. En vrai, je m’en cogne un peu du foot, c’est devenu un peu un jeu, plus qu’autre chose. Et puis j’aime bien cette ferveur populaire autour de ce sport, dans quasiment tous les pays c’est un sujet de conversation. En Argentine, il suffisait de dire que j’étais français et direct « Ah Zidane! Eeeh Maradona ! » etc… Et tu avais un nouveau pote !

 

 

-Liens-

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Daisy
Créatrice / Rédactrice en chef / Responsable Partenariats daisy@the-chemistry.net




 
 

 
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